WENLOU (Chine), 30 nov (AFP) - Personne ne sait exactement combien sont contaminés. Mais tous les habitants de Wenlou se souviennent que pour une poignée de yuans ils ont pendant des années donné leur sang à des centres de transfusion, qui leur ont injecté en retour le virus du SIDA.
Le petit village pauvre du centre de la Chine se meurt. En deux ans, 30 habitants ont été emportés par le SIDA et 10 autres au moins sont à présent à l'agonie. Sur 155 villageois dépistés au hasard, 95 avaient contracté le virus, soit 65% de séropositifs pour un village de 800 habitants.
Les malades, abandonnés à leur sort, ont reçu l'ordre de se taire. Le village est désormais coupé du monde: ses cultivateurs ne peuvent plus vendre leur maigre récolte d'oignons et de laitues et les garçons n'espèrent même plus pouvoir épouser les jeunes filles des villages voisins.
Dans la petite ville de Shangcai, où se trouve l'hôpital le plus proche, les médecins refusent les malades du SIDA, une maladie dont ils ignorent tout mais qu'ils redoutent. Un habitant de Wenlou, qui s'était blessé à la jambe, s'est vu refuser des soins.
Sa malédiction, Wenlou l'a contractée au début des années 1980, lorsque des "banques du sang" itinérantes ont commencé à parcourir les campagnes chinoises, offrant 5 dollars par "don" du sang, une petite fortune pour un village pauvre.
Ces officines artisanales mélangeaient le produit des différentes transfusions dans un seul récipient avant d'en extraire le plasma, revendu aux hôpitaux. Le reste était réinjecté aux donneurs, une façon de rassurer les Chinois qui redoutent traditionnellement de perdre leur énergie vitale avec leur sang.
Pékin n'a jamais engagé d'étude pour savoir combien de personnes sont passées entre les mains des trafiquants du sang jusqu'à leur interdiction en 1998, mais les experts parlent de plusieurs dizaines de millions de "donneurs" potentiellement infectés.
A Wenlou, pratiquement toutes les maisons du village ont été construites grâce au "salaire du sang", qui a également financé l'éducation des enfants, la dot des jeunes mariées, les impôts et les amendes pour les contrevenants à la politique de l'enfant unique.
"Ma fille et mon fils ont commencé à donner leur sang quand ils avaient une quinzaine d'années", se souvient une habitante, dont la fille est morte en juillet dernier. Son fils, aujourd'hui âgé de 29 ans, est allongé sur un lit, les jambes couvertes de taches noires.
"Il ne voulait pas que je donne mon sang parce que je n'étais pas en bonne santé", poursuit-elle. "A chaque fois qu'il donnait le sien, nous achetions une poutre pour construire le toit".
Quand l'épidémie s'est déclarée, les hôpitaux de la région, qui ne connaissaient pas la maladie, n'ont pas diagnostiqué le SIDA. Les cadres locaux ont fait semblant de ne rien savoir, par peur d'être sanctionnés pour avoir fermé les yeux sur les trafics des banques du sang.
Aujourd'hui, les habitants accusent les autorités de les laisser mourir et de ne rien faire pour leur venir en aide, alors que les grands médias officiels n'ont pas soufflé mot de la tragédie de Wenlou.
"Ils m'ont dit de ne rien dire aux journalistes, mais cela regarde ma famille et j'ai le droit de parler. J'ai 53 ans, qu'ils m'arrêtent donc", s'insurge Cheng Gaotian, tenant dans ses bras un petit mourant âgé de trois ans qui se tord de douleur.
"J'ai vu mourir ma belle-fille, mais le pire c'est que je ne peux plus rien faire pour mon petit-fils", se désole M. Cheng. "J'ai emprunté 25.000 yuans (3.000 dollars) à la banque et à la famille pour acheter des médicaments, mais je suis vieux à présent. Qu'arrivera-t-il quand je serai mort ?"
A la veille de la Journée mondiale du SIDA, la Chine estime que le pays compte au bas mot un demi-million de séropositifs, mais les experts de l'ONU ont averti que 10 millions de Chinois seraient touchés d'ici à 2010 si rien n'est fait pour enrayer la maladie.
001130
AF0011A4_FR
© Agence France-Presse 2000. Todos los derechos son propiedad exclusiva de AFP. Los artículos y fotos no pueden ser publicados, transmitidos, reescritos para transmisión o publicación o redistribuídos directa o indirectamente por ningún medio sin la autorización previa por escrito de AFP. El material informativo de AFP no puede ser almacenado total ni parcialmente en una computadora, salvo para uso personal y no comercial. La AFP no será responsable por ninguna demora, imprecisión, errores u omisiones en ninguno de sus materiales informativos, o en la transmisión o entrega de todo o parte, o por cualquier daño en general. Como servicio de noticias, AFP no obtiene autorizaciones particulares de los sujetos, individuos, grupos o entidades contenidos en sus fotografías o gráficos, o citados en sus textos. Tampoco se obtienen autorizaciones de los propietarios de cualquier marca registrada o materiales con derecho de autor incluídos en las fotos o materiales de AFP. En consecuencia, el usuario será el único responsable de obtener cualquier autorización necesaria de parte de cualquier individuo u entidad necesaria, para cualquier uso de los artículos, fotos o gráficos de la AFP. http://www.afp.com/