MADRID, 20 jan (AFP) - "Retour en arrière", "position inhumaine": la volte-face de l'Eglise catholique espagnole a douché les espoirs d'un changement de doctrine sur l'interdiction de l'usage du préservatif pour lutter contre le sida, suscitant jeudi déception et colère en Espagne.
La Conférence épiscopale espagnole a réaffirmé mercredi soir au terme de plusieurs heures de réunion le caractère "immoral" du préservatif et son attachement aux seules vertus préventives de la fidélité et de l'abstinence.
Ce sec rappel à l'ordre a mis un terme aux espoirs suscités la veille par son propre secrétaire général et porte-parole, Juan Antonio Martinez Camino, qui avait surpris tout le monde en déclarant que le "préservatif avait sa place dans le contexte de la prévention intégrale et globale du sida" à l'issue d'une réunion avec la ministre espagnole de la Santé Elena Salgado.
Le Vatican a enfoncé le clou jeudi. L'ancien ministre de la Santé du pape, le cardinal mexicain Javier Lozano Barragan a expliqué que l'Eglise interdisait le recours au préservatif dans la lutte contre le Sida parce que "l'objectif est d'empêcher la fornication".
Mme Salgado a regretté le revirement de l'Eglise espagnole. Celle-ci émet "des considérations morales destinées à orienter ses fidèles qui ne peuvent se susbstituer aux argumentations des scientifiques et de l'Organisation mondiale de la santé" (OMS), a souligné la ministre de la Santé.
Sur le même ton mesuré, le chef de l'opposition conservatrice espagnole Mariano Rajoy, a estimé que "l'Eglise a parfaitement le droit de défendre ses positions" mais que "le gouvernement prendra les décisions qui lui semblent aller dans le sens de l'intérêt général".
"Déception épiscopale. La surprise et l'espoir de beaucoup n'auront duré que quelques heures", commentait jeudi le quotidien catalan El Periodico dans un éditorial. Ce qui est "véritablement immoral" ajoutait-il, c'est le rejet par l'Eglise "d'une méthode qui sauve des vies humaines".
La déception et la colère étaient à l'aune de l'espoir suscité par les premières déclarations de M. Martinez Camin.
La présidente de la Fédération des gays et lesbiennes d'Espagne, Beatriz Gimeno, a déploré le fait que l'Eglise a renié "son accès de lucidité", un revirement également qualifié de "retour à la déraison" par le porte-parole socialiste au Parlement pour les questions de santé, Isabel Pozuelo.
"Il semble que (l'Eglise espagnole) ait reçu des instructions pour revenir sur ce qui était une position de bon sens", a-t-elle déploré, évoquant le rôle prêté au Vatican par toute la presse dans ce rappel à l'ordre.
Parlant de "retour en arrière", le théologien progressiste Enrique Miret, ex-président de l'Association des théologiens Jean XXIII, a estimé lui-aussi que le Saint-Siège avait fortement incité la Conférence épiscopale "à désavouer son porte-parole".
Les Eglises française et brésilienne ont déjà dû en 1996 et 2000 "se repentir" de prises de positions similaires, rappelait le quotidien de centre-gauche El Pais. Comme de nombreux commentateurs, le journal déplorait une doctrine qui "peut constituer un grave risque pour la santé publique".
L'Eglise doit "réfléchir" aux conséquences d'une position "inhumaine" car "même les évêques doivent connaître la faiblesse de la nature humaine et savoir qu'elle n'atteint pas la perfection divine", a commenté le porte-parole du Parti socialiste catalan (PSC) Miquel Iceta.
L'association Médecins du Monde a tempéré ces critiques, estimant qu'en se plaçant sur le seul terrain de la morale, l'Eglise espagnole a eu au moins le mérite de délivrer un "message moins confus" que celui qu'elle répandait encore ces derniers mois en mettant en doute l'efficacité du préservatif.
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