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Les PVVIH réfugiées sont confrontées à de nombreux défis pour rester en santé

David McLay
CATIE News: septembre 14, 2007 click here for english language version of article

Au Canada, un grand nombre de personnes vivant avec les VIH/sida (PVVIH) proviennent de pays à forte prévalence de VIH, tels les pays subsahariens. À leur arrivée, dans bien des cas, ils se présentent en tant que réfugiés ou demandeurs d'asile, fuyant les atrocités dans leur pays d’origine.

On n’en sait pas long sur les façons dont la santé des réfugiés VIH-positifs est affectée par le stress que leur impose leur état de réfugié vivant non seulement dans un nouveau pays mais aux prises aussi avec le virus. Dans le but de brosser un tableau plus net de cette réalité, une équipe de chercheurs d'une clinique anti-VIH montréalaise a suivi pendant presque 10 ans une cohorte de PVVIH originaires de l'Afrique subsaharienne. Leurs constatations montrent que les enjeux non médicaux comme le fait d'immigrer ou de vivre une séparation peut se solder par des conséquences désastreuses sur la santé d'une PVVIH réfugiées.

Détails de l'étude

De 1995 à 2004, des chercheurs ont suivi le groupe étudié (66 femmes et 26 hommes) à la clinique d'immunodéficience de l'Hôpital thoracique de Montréal. Ils ont recueilli des données non seulement sur la santé physique des participants, mais aussi sur les aspects psychologique et social de leur vie. Les chercheurs les ont également interrogé en groupe plus petits de cinq à dix participants pour connaître leurs vues sur leur état de santé et les façons dont ils composaient avec le VIH dans leur quotidien.

Les 92 participants provenaient du Burundi (27), du Cameroun (13), de la République du Congo (6), de la République démocratique du Congo (30) et du Rouanda (16). Les hommes et les femmes de ce groupe ne présentaient aucune différence en termes d'âge moyen, de répartition du pays d'origine, de numération CD4+ moyenne, de charge virale et d'indice de masse corporelle.

Maladies liées au VIH et autres états médicaux

La plupart des participants en étaient au stade avancé de l'infection par le VIH lorsqu'ils sont venus consulter à la clinique. Plus des deux tiers (69 participants) affichaient une numération CD4+ inférieure à 350, ce qui les rendait admissibles à la thérapie antirétrovirale fortement active (HAART). Par ailleurs, 21 autres participants avaient déjà débuté une thérapie HAART avant de consulter à la clinique. Sept participants avaient l'une des maladies caractéristiques du sida lorsqu'ils étaient venus consulter initialement.

L'incidence d'autres graves états médicaux étaient élevée parmi cette cohorte de réfugiés, notamment :

De même, 40 % des femmes étaient enceintes à leur arrivée ou le sont devenues après leur arrivée au Canada. La moitié de ces grossesses s'étaient produites avant même que les mères ne sachent qu'elles étaient VIH-positives.

Les chercheurs admettent qu'il est difficile de tirer des conclusions de façon définitive sur la santé du groupe en raison de l'absence de données comparables issues de réfugiés VIH-négatifs.

Traitement anti-VIH

En plus des 21 PVVIH déjà sous multithérapie HAART à leur première consultation à la clinique, 51 autres d'entre elles ont entrepris un tel traitement au cours de l'étude. Quinze personnes ont décidé d'attendre pendant quatre mois ou plus avant d'entreprendre la multithérapie, et ce, pour les raisons suivantes :

L'analyse des données sur leur maladie liée au VIH a montré que les patients sous thérapie HAART répondaient bien au traitement, leur charge virale ayant chuté de plus de 100 fois et leur numération CD4+ s'étant accrue.

Les participants sous HAART ont pu, en moyenne, poursuivre leur multithérapie pendant deux ans avant que des changements à celle-ci ne s'imposent. Ce résultat est semblable à ce qui est ressorti du suivi d'un groupe de patients non réfugiés effectué dans huit cliniques américaines.

Facteurs sociaux et émotifs affectant la santé

Les raisons citées pour ne pas entreprendre de multithérapie HAART ne représentent que quelques-uns des enjeux sociaux et émotifs que les chercheurs ont mis au jour en tant que facteurs non médicaux ayant un impact négatif sur la santé et le bien-être de ces réfugiés séropositifs. D'après les participants, les longs délais et les complications entourant le processus de traitement des réfugiés constituent une entrave majeure à leur bien-être général et à leur sentiment de sécurité. De même, les sentiments d'isolement, de stigmatisation et de discrimination stoppent, dans bien des cas, les participants de se prévaloir des services dont ils ont besoin.

Les participants ont également invoqué de nombreux autres facteurs qui compliquent, dans leur cas, l'adhésion aux traitements et le maintien d'une bonne santé, notamment :

Soutien pluridisciplinaire requis

Voici donc, réparti en cinq grands thèmes, le résumé du constat de l'équipe de chercheurs en ce qui concerne les enjeux sociaux et émotifs :

1. tout le stress qu'impose l'arrivée au Canada et auquel s'ajoute le stress d'y vivre et d'y chercher un emploi

2. les enjeux d'ordre juridique dont l'obtention du statut de réfugié, puis vivre légalement au Canada et y faire venir enfin les proches qu'on a laissés derrière en Afrique

3. les préoccupations de santé mentale, notamment la dépression, le stress post-traumatique et le fait de composer avec les conséquences des mauvais traitements et de la guerre

4. la grossesse

5. l’accès aux services communautaires et s'en prévaloir

Les participants ont fait appel à l'équipe de santé de la clinique lorsqu'ils cherchaient de l'aide en lien avec ces enjeux d'ordre non médical. L'équipe de la clinique de Montréal comprenait un psychologue, un psychiatre et un travailleur des services sociaux, mais même avec l'appui de telles ressources, plus des trois quarts des participants ont sollicité un supplément d'aide. La clinique a dû effectuer plus de 200 renvois vers 26 différents organismes communautaires durant l'étude.

Recommandations

Dans le contexte des commentaires formulés à la lumière de ces constatations, les chercheurs ont mentionné que, même si rencontrer les besoins des réfugiés et des immigrants pose un défi, cela est de loin moins difficile que de répondre à leurs besoins sociaux et émotifs. L'équipe a élaboré une série de recommandations visant à améliorer les soins aux réfugiés séropositifs. Ces recommandations englobent autant les besoins médicaux (comme la nécessité de soins pluridisciplinaires dont la prestation soit assurée par des fournisseurs ouverts aux différences culturelles et veiller à diagnostiquer les cas d'infection par l'hépatite C) que les besoins non médicaux (tels que la réunion des familles et l'accélération du processus de traitement des demandes de statut de réfugié).

Pour lire des récits personnels de PVVIH ayant immigré au Canada et pour savoir comment les organismes de lutte contre le sida peuvent être utiles, consultez l'article intitulé « La vie déracinée » publié dans le numéro Printemps/été 2006 de Vision positive.

-—David McLay

RÉFÉRENCE

1. Optimizing health outcomes for HIV-infected refugees from Sub-Saharan Africa. A report by The Immunodeficiency Service, Royal Victoria Hospital, Montreal, Quebec. March 5, 2007.

2. Palella FJ, Chmiel JS, Moormana AC, et al. Durability and predictors of success of highly active antiretroviral therapy for ambulatory HIV-infected patients. AIDS. 2002 Aug 16;16(12):1617-26.

3. Remis RS. Final Report: Estimating the Number of Persons co-infected with Hepatitis C Virus and Human Immunodeficiency Virus in Canada. March 2001. http://www.phac-aspc.gc.ca/hepc/pubs/hivhcv-vhcvih/tables_e.html

4. Geduld JE, Archibald C. TB among reported AIDS cases in Canada: 1994 to 2003. Canadian Journal of Infectious Disease 2005;16(Suppl A):24A.

20070910
CATF-N20070902


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