

Bien que le VIH ait été isolé en 1983, les efforts pour mettre au point un vaccin susceptible de protéger les humains contre ce virus se sont avérés difficiles. Cette difficulté tient partiellement à l’insuffisance de notre compréhension du système immunitaire, notamment en ce qui concerne les tissus qui rencontrent en premier le VIH, c’est-à-dire l’anus, la bouche, le pénis et le vagin. De plus, le virus provoque des changements complexes dans le système immunitaire qui sont difficiles à corriger. En effet, plus les chercheurs en savent sur l’interaction entre le VIH et le système immunitaire, plus les obstacles qui jonchent le chemin menant vers la création d’un vaccin semblent décourageants. Ainsi, pour l’instant, la pratique du sécurisexe demeure essentielle pour limiter la transmission du VIH chez les personnes sexuellement actives.
Le sécurisexe n’est toutefois pas une pratique universelle, et le nombre d’infections par le VIH continue de grimper dans les pays à revenu élevé de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Certains chercheurs envisagent donc d’avoir recours à des médicaments pour limiter la propagation de l’infection au VIH.
Une possibilité réside dans l’administration, pendant une période relativement courte, de médicaments anti-VIH tout de suite après une exposition possible au VIH. Il s’agit d’une prophylaxie post-exposition ou PPE. L’espoir réside dans la possibilité que les médicaments faisant partie d’une PPE réussissent à empêcher le VIH d’infecter les cellules. Si on parvient à limiter ainsi la multiplication du VIH, les chercheurs espèrent que le système immunitaire sera capable de maîtriser le virus.
Puisque aucun essai randomisé contrôlé contre placebo n’a été réalisé pour évaluer l’efficacité de la PPE après une exposition éventuelle au VIH, la plupart des recommandations à ce sujet, notamment en ce qui a trait aux expositions sexuelles au VIH, ont découlé d’études menées sur des singes. Lors de ces études, dont plusieurs ont été réalisées vers le milieu ou la fin des années 90, les chercheurs ont donné du ténofovir (Viread), un médicament anti-VIH, à des singes après les avoir infectés par le VIS—virus de l’immunodéficience simienne. Ce virus peut causer une maladie ressemblant au sida chez certains singes.
Les chercheurs ont trouvé que l’administration du ténofovir aux singes dans les 24 heures suivant l’exposition au VIS et la poursuite du traitement pendant 28 jours consécutifs empêchaient le VIS de se répliquer et de s’installer pour de bon chez les animaux. Toutefois, lorsque le traitement était amorcé 72 voire aussi peu que 48 heures après l’exposition, la protection contre le VIS s’affaiblissait considérablement.
À la lumière de ces résultats, les lignes directrices traitant de l’usage de la PPE chez les humains prônent le recours aux médicaments anti-VIH dans les 72 heures (idéalement dans les 24 heures) suivant l’exposition au VIH. Ce traitement devrait se poursuivre pendant 28 jours.
Compte tenu de l’intérêt suscité par la PPE, des chercheurs de l’UCLA (University of California, Los Angeles) ont mené une étude afin d’évaluer son innocuité et de déterminer si les personnes les plus à risque de contracter le VIH étaient susceptibles d’y avoir recours. Les résultats de ce projet pilot de six mois sont prometteurs et pourraient favoriser la conduite d’autres recherches sur la PPE à l’avenir.
Les chercheurs ont recruté des participants qui disaient avoir subi une exposition sexuelle possible au VIH au cours des 72 heures précédant leur contact. Il s’agissait de relations sexuelles avec « des personnes inconnues ou soupçonnées d’être infectées par le VIH. »
L’équipe cherchait à recruter des participants qui couraient un risque élevé de contracter le VIH à cause des comportements suivants :
Les participants potentiels devaient composer un numéro de téléphone spécifique pour être dirigés vers une clinique communautaire locale. Les participants retenus étaient interrogés puis un test de dépistage du VIH réalisé moyennant leur consentement et un counselling pré-test (on offrait également un counselling post-test). Ensuite, les participants recevaient leur première dose des médicaments faisant partie de l’étude. Les chercheurs les encourageaient à revenir à la clinique pour recevoir l’ensemble de leurs médicaments et à les emporter chez eux, ainsi que pour remplir des sondages, subir des tests de sang et d’urine et participer à d’autres sessions de counselling.
Les chercheurs ont interrogé 287 personnes qui avaient répondu à l’annonce au sujet de l’étude. Sur ces dernières, seulement 100 personnes ont été inscrites à l’étude. Deux personnes ont plus tard été dirigées vers un centre de soins lorsqu’il a été découvert qu’elles étaient déjà infectées. Voici le profil moyen des participants :
Les deux substances les plus fréquemment consommées durant les 30 jours précédant l’admission des participants à l’étude furent les suivantes :
On avait recours à Combivir durant cette étude. Il s’agit de la co-formulation (un seul comprimé) de deux médicaments couramment utilisés pour le traitement de l’infection au VIH, à savoir :
Les participants prenaient Combivir deux fois par jour pendant cette étude.
La plupart des participants ont divulgué qu’ils avaient passé un test de dépistage du VIH au cours de l’année précédente.
Le recrutement des participants atteignait son niveau le plus élevé les lundis. Cela laisse penser que l’exposition au VIH se produisait au cours de la fin de semaine.
La majorité des participants avaient ce que l’équipe de chercheurs a qualifié de « préoccupations valables concernant l’exposition au VIH » parce qu’ils avaient eu des relations sexuelles à risque élevé avec des « personnes inconnues ou soupçonnées d’être infectées par le VIH ». Les relations en question comprenaient les suivantes :
Vingt-trois pour cent des participants affirmaient avoir utilisé un condom lors de l’exposition possible au VIH; selon la plupart d’entre eux, le condom avait échoué (« condom failure » dans le langage des chercheurs).
Le fait de prendre tous ses médicaments tous les jours en suivant les prescriptions à la lettre s’appelle l’observance thérapeutique. Lorsqu’il s’agit d’un traitement contre le VIH, un taux d’observance élevé est nécessaire pour en assurer l’efficacité. Les chercheurs ont constaté qu’environ 35 % des participants affichaient un faible taux d’observance thérapeutique.
Environ 77 % des participants ont signalé au moins un effet secondaire, habituellement d’intensité légère, dans les proportions suivantes :
Un participant a eu des pensées suicidaires après son exposition possible au VIH et a dû être hospitalisé. Les chercheurs ont conclu que ses pensées n’étaient pas reliées aux médicaments utilisés dans le cadre de l’étude.
Les chercheurs ont eu de la difficulté à retenir une grande proportion des volontaires inscrits à cette étude. Après la première semaine, au cours de laquelle ils ont reçu suffisamment de médicaments pour compléter les 28 jours de la PPE, plusieurs participants ont arrêté de revenir à la clinique. En fait, seulement 49 % des participants visitaient encore la clinique au sixième mois de l’étude. Selon les chercheurs, cela porte à croire que plusieurs participants « cherchaient principalement à obtenir leurs [médicaments anti-VIH] et s’intéressaient peu au counselling sur les risques liés au comportement…»
À la fin de l’étude, les participants affirmaient avoir réduit leur nombre de partenaires sexuels et se disaient de plus en plus certains de « ne plus jamais avoir de relations sexuelles non sécuritaires ». Il reste toutefois qu’ils disaient utiliser un condom durant moins de 50 % de leurs relations et ce, avant, durant et après l’étude.
Aucun participant qui est resté dans l’étude jusqu’à la fin (six mois) n’est devenu séropositif. Cependant, il est toujours possible que certains participants qui ont abandonné l’étude aient contracté le VIH par la suite. Compte tenu de ce facteur et d’autres encore, les chercheurs ont affirmé qu’il était impossible d’évaluer l’efficacité de la PPE en se fondant sur les résultats de cette étude.
Les résultats de cette étude menée à Los Angeles sont limités à cause de plusieurs facteurs, y compris les suivants :
1. Les participants étaient majoritairement des hommes instruits qui s’identifiaient comme gais. Ils interagissaient efficacement avec le système de santé et pouvaient se faire soigner rapidement. Puisque le VIH se propage de plus en plus dans des populations plus marginalisées, les observations faites durant cette étude pourraient ne pas s’appliquer à ces dernières;
2. Durant cette étude, il n’y a quasiment pas eu de cas d’exposition au VIH causé par le partage d’aiguilles contaminées. Selon les chercheurs, il se peut que le recrutement sur le terrain n’ait pas suffi à intéresser des utilisateurs de drogues. Il est également possible, soutiennent-ils, que les utilisateurs de drogues qui auraient pu être exposés au VIH n’aient pas eu recours à la PPE à cause des effets des drogues ou des symptômes de sevrage;
3. L’équipe de recherche a publicisé son étude sur la PPE en espagnol et en anglais dans les secteurs de Los Angeles comportant une forte population de personnes de couleur. De plus, un des sites de l’étude se trouvait dans un quartier où les communautés noires et hispaniques sont prédominantes. Toutefois, la plupart des participants étaient blancs, et la clinique où ils avaient été recrutés se trouvait dans un quartier reconnu comme gai. La raison pour cette différence de recrutement n’est pas claire.
Cette étude réalisée à Los Angeles laisse croire que, lorsqu’une situation de crise survient, telle une exposition possible au VIH, certaines personnes sont capables de rechercher une PPE et le font. Les études futures devront explorer l’intégration de la PPE (pour les cas d’exposition sexuelle) dans les programmes de prévention du VIH. La question de savoir qui paiera les coûts de la PPE dans les cas d’exposition sexuelle et d’utilisation de drogues sera un enjeu majeur lors de toute étude de ce genre.
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